Tribune dans Mediapart : Le Contrat d’engagement éducatif est mort… trop tard


Décidément il n’y a pas de doute, c’est réellement l’argent qui gouverne notre monde. Il est étonnant de voir un député du groupe politique « Union pour un Mouvement Populaire » tel que Monsieur Baguet s’émouvoir sur la nouvelle réglementation en matière de temps de repos pour nos animateurs.

Décidément il n’y a pas de doute, c’est réellement l’argent qui gouverne notre monde. Il est étonnant de voir un député du groupe politique « Union pour un Mouvement Populaire » tel que Monsieur Baguet s’émouvoir sur la nouvelle réglementation en matière de temps de repos pour nos animateurs. Monsieur Baguet qui est également Maire de Boulogne-Billancourt se creuse la tête afin de pallier à cette décision qui en toute logique devrait représenter une avancée sociale pour le monde de l’animation et surtout renfoncer la sécurité des séjours de nos enfants. Mais manifestement les contingences financières prennent le pas sur la raison. La Proposition de Loi n°3685 en est la magistrale illustration. On met en avant l’impact financier de cette réforme sur les séjours qui, il faut l’avouer sont déjà très chers car les organismes, qu’ils soient associatifs ou purement commerciaux tirent de beaux profits du commerce qui est fait autour des « colonies de vacances ».

Je pense qu’il faut aborder des fait concrets tels que la mort d’enfants lors de séjour où les animateurs ne sont tenus à aucun temps de repos et lorsque la fatigue tue.

Léa et Orane sont décédées le 22 août 2009 suite à l’endormissement au volant à 10 h du matin de l’animatrice qui conduisait un véhicule de location de 12 places pour traverser la Côte Ouest des USA. Cette animatrice devait encadrer, conduire, participer à la préparation des repas et également gérer au mieux le maigre budget remis à l’équipe d’animateurs pour les diverses activités prévues sur la brochure mais qu’ils devaient se débrouiller de dénicher au meilleur prix.

Il y avait 3 animateurs, pour 3 véhicules sur un séjour de 20 jours pour 20 adolescents. Donc aucune possibilité de se reposer.

Les animateurs sont assimilés à des bénévoles, lors du séjour dramatique, chacun d’eux étaient rémunérés à hauteur de 24 euros net par jour soit 1 euro de l’heure sans limite d’heure de travail. Outre le danger que de telles conditions de travail engendrent, il est clair qu’un tel système est très profitable aux organismes de séjours pour mineurs qui profitent ainsi d’un personnel corvéable à merci pour 3 fois rien. Pourtant le séjour a coûté 2 638 euros, les agences de voyages pour adultes parviennent à de bien meilleures prestations pour ce prix là, on se demande où passe l’argent surtout lorsqu’on connait le salaire des animateurs et surtout lorsqu’on sait qu’ils doivent tout assumer : le transport, les visites, les repas, trouver les hébergements (bien souvent des campings quand ce n’est pas à même le sol sur le bord d’une route !). Oui, vraiment on se demande ou passe l’argent ?

Le plus écœurant dans cet article est que des organismes qui ont essuyé des drames aussi cruels que la mort d’enfant ou des enfants lourdement blessés se permettent de s’inquiéter et s’exprimer sur les effets de la nouvelle réglementation. Pourtant Monsieur Javault qui s’exprime et s’inquiète dans la presse connait bien le sujet. Léa et Orane deux jeunes adolescentes marseillaises sont décédées durant l’un de ses séjours. C’est bien lui qui devrait se réjouir de l’amélioration des conditions de travail des animateurs et par conséquent du renforcement de la sécurité de nos enfants ! Non bien au contraire ! Il nous achève à coup d’inepties telles que le problème de la continuité pédagogique, et l’impact psychologique qu’engendrerait plus de personnel d’encadrement pour nos enfants. On nous prend vraiment pour des idiots et ce Monsieur tout particulièrement…

Alors on vous répondra que le risque zéro n’existe pas. Certes ! mais lorsqu’on confie un groupe d’enfants et du personnel épuisé il existe d’autant moins.

Alors Monsieur Baguet je ne peux croire que vous soyez si naïf, sachez que les conditions de sécurité des enfants elles-mêmes directement liées aux conditions de travail de leurs animateurs ne sont pas négociables. Les parents préfèrent garder leurs enfants chez eux plutôt que de ne pas les voir revenir de leurs « jolies colonies de vacances ».

Je parle d’un sujet qui me tient à cœur car je suis la maman de Léa décédée sur le bord d’une route sous les yeux de ses camarades alors que l’animatrice a hurlé qu’elle s’était endormie, qu’elle était fatiguée. Il a suffit d’une seconde, mais la nuit avait été courte, les jeunes parlaient entre eux, riraient très probablement s’ajoute l’inconfort de dormir par terre. 1 heure après le départ le véhicule quitte la route pour faire de nombreux tonneaux, Léa mourra dans les minutes qui suivront, Orane décédera dans l’hélicoptère qui la conduit à l’hôpital. Sa famille recevra très rapidement une facture de 23 000 dollars pour le transport de leur fille en hélicoptère médicalisé. L’organisme de séjours pour mineurs ne prendra pas en charge les frais de transport du lieu de l’accident jusqu’à l’hôpital faute d’assurance. Où sont les 2 638 euros ? Même l’assurance est au rabais !

Mais je pense également aux familles de jeunes victimes qui sont venues vers moi pour crier leur colère. Aussi Monsieur Naguet il me semble nécessaire que vous nous rencontriez afin que vous nous expliquiez les vrais fondements de votre proposition de loi qui occulte complément la sécurité de nos enfants. Vous allez recevoir dès aujourd’hui une demande de rendez-vous.

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